Ce matin, je me suis énervé contre un outil que j'ai construit moi-même. Mon skill TDAH me tenait la main pas à pas, comme prévu, sauf que j'étais en forme et que cette main me ralentissait. J'ai donc ajouté un mode turbo : toute l'instruction d'un coup les bons jours, retour automatique au pas-à-pas dès que ça coince. Voici pourquoi ce détail change la nature de l'outil.
Si vous découvrez le sujet : j'ai un TDAH, diagnostiqué à 36 ans, et j'ai construit un skill Claude Code qui me sort de la paralysie de démarrage. Son principe fondateur est simple : une seule action à la fois. Le skill me dit « va à tel endroit, dis-moi quand tu y es », j'y vais, il me donne la suite. Ce protocole m'a sauvé des dizaines de matinées.
Et ce matin, il m'a agacé.
01. Le jour où mon propre outil m'a ralenti
La scène : je suis concentré, le café est bu, je sais exactement ce que je veux faire. Je lance le skill par réflexe, et il déroule son protocole. Une étape. J'attends. Une confirmation. J'attends. La liste des éléments arrive enfin, en trois échanges, là où un seul aurait suffi.
« Dis-moi quand tu y es. »
J'y suis depuis dix secondes, lâche-moi.
Mon premier réflexe a été de contourner le skill et de travailler sans lui. Mauvaise idée : c'est exactement comme ça qu'on abandonne un outil, une exception à la fois, jusqu'au jour où on ne l'ouvre plus (j'ai déjà donné, avec Notion, Trello et un bullet journal qui a tenu onze jours).
Le problème ne venait pas du pas-à-pas. Il venait du fait que le pas-à-pas était le seul rythme disponible.
02. Un cerveau TDAH n'est pas lent, il est variable
C'est le point que la plupart des méthodes de productivité ratent. Le TDAH n'est pas un état stable qu'on compense avec un réglage unique : c'est une variabilité. Le même cerveau qui reste tétanisé devant une liste un jeudi peut abattre une journée de travail en trois heures le lundi suivant, sans que rien d'extérieur n'explique la différence.
Un outil calibré pour les mauvais jours infantilise les bons. Un outil calibré pour les bons jours abandonne les mauvais. Dans les deux cas, l'utilisateur finit par partir, et il repart avec une couche de culpabilité en plus (« même cet outil-là, je n'ai pas réussi à le tenir »).
Un outil TDAH ne doit pas gérer un état. Il doit gérer une variabilité.
Formulé autrement : ce qui ne marche pas, c'est un protocole unique appliqué à un cerveau qui change de régime d'un jour à l'autre. Ce qui marche, c'est un outil qui propose deux cadences et qui sait passer de l'une à l'autre, y compris sans qu'on le lui demande.
03. Ce que fait le mode turbo, concrètement
Le mode turbo est un interrupteur, pas un mode séparé. Vous tapez /tdah turbo (ou vous dites simplement « accélère »), et le skill change de cadence :
- Avant : « Va dans tel dossier. Dis-moi quand tu y es, je te donne la liste. »
- Après : « Va dans tel dossier et mets ces trois éléments : A, B, C. Dis-moi quand c'est bon. »
Toute l'instruction d'un coup, une seule confirmation à la fin. Le gain n'a l'air de rien, mais sur une session d'une heure, cela supprime une dizaine d'allers-retours qui cassaient l'élan.
Deux garde-fous, parce qu'un accélérateur sans frein est dangereux pour ce public (moi compris) :
- Une seule tâche à la fois, toujours. Le turbo accélère la cadence, jamais la charge. Il ne donnera pas deux tâches d'un coup, même si vous le demandez.
- Coupure automatique. Si vous appelez le mode « bloqué », si des signaux de découragement apparaissent, ou si vous revenez deux fois de suite sans avoir fait l'étape, le turbo se coupe seul et le pas-à-pas revient, sans commentaire. Et chaque session redémarre en pas-à-pas : le mode protecteur reste le mode par défaut.
Ce dernier point est le plus important du dispositif. Le turbo sert les bons jours ; le pas-à-pas protège les mauvais. Un outil qui vous laisse en turbo un jour de spirale ne vous fait pas gagner du temps, il vous fabrique un échec de plus.
04. La leçon, au-delà du TDAH
J'ai passé trois ans en Customer Success avant de me mettre à mon compte, et ce que je vois revenir tout le temps, c'est ce même piège : on conçoit un outil pour le pire scénario de l'utilisateur, puis on s'étonne qu'il l'abandonne les jours où tout va bien. Les process commerciaux trop scriptés, les CRM qui exigent douze champs pour créer un contact, les workflows d'automatisation qui redemandent validation à chaque étape : même mécanique.
La bonne question de conception n'est pas « quel est le bon niveau d'accompagnement ? » mais « comment l'utilisateur change-t-il d'un jour à l'autre, et comment l'outil suit-il ce mouvement ? ». C'est la même logique qui m'a fait construire un correcteur anti-ChatGPT avec plusieurs niveaux de sévérité plutôt qu'un réglage unique.
Le rythme est une variable, pas une constante. Un outil qui l'ignore finit au cimetière des méthodes, entre le bullet journal et l'agenda papier acheté un 2 janvier.
Un fichier à glisser dans Claude Code, aucune configuration. Honnêtement : si vous n'avez pas de TDAH, il ne vous servira probablement à rien. Si vous en avez un, il pourrait changer vos matinées.
Télécharger le skill